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Interview

Question : Quels sont les objectifs des bouddhistes?

Réponse : Si l’on considère le Hinayana, les enseignements du Petit Véhicule, l'objectif des pratiquants est d'obtenir un bonheur stable et définitif, de s'affranchir de toutes les souffrances. Ce qui revient à obtenir la libération du cycle des existences, à ne plus renaître dans ce cycle. La finalité de la pratique spirituelle pour un pratiquant du Grand Véhicule, le Mahayana, est d'obtenir l'état de bouddha, non seulement pour soi-même, mais également pour autrui car cette obtention de l'état de bouddha offre toutes les capacités de venir en aide aux autres. Moine Le but visé n'est ni une meilleure éducation de l'homme en vue d'un bien-être social, ni une recherche d'évolution d'ordre psychologique. On peut dire que c'est un combat spirituel, un combat contre les perturbations mentales afin d’obtenir l'affranchissement de la souffrance ainsi qu'un bonheur stable. Avec cette différence que, dans le Hinayana, c'est la recherche du bonheur pour soi-même qui est visée, alors que dans le Grand Véhicule, il s'agit de l'obtention d'un bonheur stable et définitif pour tous les êtres vivants.

Question : Contre qui ou quoi s'agit-il de lutter exactement ? Dans quelle mesure la perspective bouddhiste permet-elle d'assimiler ces tendances négatives, ces forces noires qui résident dans l'homme et dans le monde, à des puissances infernales, sataniques, comparables à celles envisagées dans le judaïsme, le christianisme ou l'islam?

Réponse : Le mal n’existe pas dans le bouddhisme. Il s'agit de lutter contre les perturbations mentales. Quant à l'origine de ces perturbations mentales, on dit dans le bouddhisme que la prise de renaissance dans le cycle des existences n'a pas de commencement. Ce qui revient à dire qu'il n'y a pas d'origine à ces perturbations mentales. Simplement, nous avons rencontré des conditions qui ont fait que des perturbations mentales se sont développées sur la base d'empreintes karmiques accumulées dans les vies passées, déposées sur notre courant de conscience du fait d'actes négatifs. Nous avons pris également l'habitude de développer des perturbations mentales comme la colère, la jalousie, l'attachement etc., semant sur notre courant de conscience ces empreintes qui vont nous suivre de renaissance en renaissance. Dans la mesure où ces renaissances n'ont pas de commencement, il n'y a pas non plus d'origine au mal, si l’on entend par “mal” l'existence de ces perturbations mentales. Les perturbations mentales ne définissent pas la nature propre de l'esprit. Elles sont comme accidentelles, passagères. Elles ne définissent pas la nature même de l'esprit qui est une nature claire, complètement épurée de ces perturbations mentales. En fait, ultimement, il n'y a pas de différence entre l'esprit d'un bouddha et celui d'un être ordinaire. Simplement, on atteint l'état de bouddha en progressant sur la voie spirituelle et en éliminant ces perturbations mentales. Celles-ci sont donc accidentelles à l'esprit et ne définissent pas sa nature. Donc, en termes de mal, si l’on définit les perturbations mentales comme étant le mal, il n'y a pas de mal absolu, de mal en soi ou de mal installé de manière définitive. Les perturbations mentales étant passagères, il est donc possible de les éliminer afin de retrouver la véritable nature de l'esprit. Ultimement, entre l’esprit d'un être ordinaire et celui d'un être complètement éveillé, il n’y a pas de différence. Moine On peut donner un exemple de cela. Si l’on prend une paire de lunettes dont un carreau serait complètement propre et l'autre souillé par toutes sortes de saletés. Les deux yeux derrière les lunettes ne sont pas sales. Ils sont de la même nature, mais un œil verra très clairement parce que l'un des verres sera propre alors que l'autre œil sera complètement aveuglé par la saleté déposée sur l’autre verre. De la même manière, un bouddha et un être ordinaire ont ultimement la même nature mais, chez les êtres ordinaires, les perturbations mentales vont comme souiller la vision des phénomènes. Il s'ensuit que les êtres ordinaires ont simplement l'esprit recouvert de saletés, c'est-à-dire de perturbations mentales qui les empêchent d'appréhender la réalité des phénomènes de la même manière qu'un bouddha.

Question : Plus précisément encore, au sein de ce cheminement, quels sont les rôles spécifiques de la méditation, des invocations, mantras et rites ? Quelle importance tiennent les techniques dans ces pratiques ?

Réponse : Afin d'obtenir l'état de bouddha, il n'est pas absolument nécessaire d'avoir recours aux tantras, aux pratiques tantriques. Cela dit, c'est une technique qui permet d'obtenir plus rapidement l'état de bouddha. En fait, toutes ces techniques permettent de hâter l'obtention de l'état de bouddha. Mais, même si cette voie des tantras est plus rapide, parfois il peut être plus prudent d'utiliser la voie commune pour obtenir des réalisations. En effet, si l'on emprunte la voie des tantras et qu'on ne respecte pas les vœux afférents à ces engagements tantriques, cela peut être extrêmement dangereux. En fait, en s'engageant sur la voie des tantras, on peut aussi bien progresser très vite, aller très vite vers le haut, que très vite retomber fort bas, accumuler des karmas très négatifs. Il faut donc faire très attention. C'est comme lorsqu'on prend l'avion pour se rendre quelque part. Par ce moyen, nous parviendrons beaucoup plus vite à destination, mais si l'avion s'écrase, il n'y a plus aucun espoir. Alors que si nous avions emprunté un moyen plus terre à terre, plus traditionnel, nous aurions mis plus de temps mais il n'y aurait eu aucun danger de s’écraser. Debates Dans certaines représentations de déités tantriques, on peut voir des formes irritées, des divinités qui ont un aspect extrêmement courroucé, qui brandissent toutes sortes d'armes, d'objets tranchants etc. Tous ces attributs extrêmement effrayants, ces aspects furieux, sont en réalité manifestés par compassion afin de discipliner les êtres par des moyens courroucés. Par compassion, ces divinités vont montrer un aspect terrifiant afin d'effrayer les êtres et de les discipliner pour qu'ils fassent un travail sur eux-mêmes, qu’ils entreprennent un combat afin d'éliminer leurs propres perturbations mentales. De la même manière, si un enfant est indiscipliné, mus par amour et compassion, ses parents vont le réprimander pour qu'il ait une bonne éducation, qu'il travaille bien et qu'il ait un bon métier. Ainsi, ces représentations manifestent, par des moyens courroucés, la volonté de discipliner les êtres; volonté toujours motivée par une grande compassion face aux différentes souffrances quils peuvent endurer sous l'emprise de leurs perturbations mentales. Par exemple, si l’on considère la déité Manjoushri, qui brandit une épée, cette arme symbolise la sagesse qui tranche l'ignorance à sa racine.

Question : Le bouddhisme comporte des degrés de réalisation, donc une hiérarchie spirituelle. Dans quelle mesure ces degrés peuvent-ils être assimilés à des degrés de connaissance et quelle est la nature de cette connaissance ? En quoi se distingue-t-elle du savoir intellectuel de type universitaire ? Qu'est-ce alors qu'être un connaissant spirituel ?

Réponse : En fait, les degrés de réalisation correspondent à des réalisations intérieures. Celles-ci n'ont véritablement rien à voir avec des connaissances de type universitaire. Il s'agit de réalisations. Chaque degré va correspondre à une réalisation telle que le renoncement ou bien le développement de l'Esprit d'éveil… Nous n'avons pas le temps de détailler ces différentes réalisations spirituelles. Il faut cependant savoir qu'il y a cinq chemins ou voies successives que le pratiquant du Hinayana ou du Mahayana devra intégrer avant de réaliser son objectif. Ces différentes voies correspondent à différentes réalisations et il y a également dix terres de bodhisattvas qui correspondent à des degrés de réalisations spirituelles. Il s'agit bien de degrés qui ont été institués pour, en quelque sorte, repérer les différents niveaux de réalisation des pratiquants, mais en aucun cas cela est à mettre en rapport avec une connaissance intellectuelle. Pour les pratiquants bouddhistes, il est important de suivre les trois niveaux, les trois voies que constituent l'écoute, la réflexion et la méditation pour pouvoir progresser. L'écoute implique l'écoute des enseignements oraux mais également l'étude des textes d'enseignement bouddhistes en général. Elle permet notamment de distinguer ce qu'il convient de pratiquer, ce qu'il convient de rejeter. Cette écoute peut être comparée à la situation de quelqu'un qui va se rendre sur une place de marché et qui aurait pour cela besoin d'un plan d'accès. Si le plan est clair, la personne saura avec certitude où elle sera, par quel chemin il faut passer etc. De la même manière, l'écoute et l'étude sont très importantes pour comprendre quelles sont les premières réalisations à rechercher, où nous en sommes sur le chemin spirituel etc. Le deuxième niveau est la réflexion. Ce qui consiste à réfléchir aux enseignements par rapport à notre propre condition, en quoi ils sont bénéfiques, utiles etc. La troisième étape est l'étape de la méditation qui consiste à habituer notre esprit à ces réflexions, à reproduire les résultats obtenus par la réflexion.